Joyeux 18eme anniversaire… avec un OQTF!

Peur de l’Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF). Mais surtout l‘histoire des 120 de jeunes arrivés mineurs non accompagnés (MNA) et qui ont créé en avril 2021 ACTION LES JEUNES 54! Derrière eux, de milliers d’autres à travers la France.

Pauvreté, négligence, violence. Et puis, des voyages longs et dangereux quand, parfois, ils ont moins de 10 ans. Arrivée en France, attente de plusieurs mois avant d’être pris en charge par l’Aide Sociale de l’Enfance (ASE). Toujours sans famille. Puis, quand enfin un peu plus forts et indépendants, à 18 ans, une OQTF arrive. L’expulsion…qui met fin à tout ce parcours.

Un état d’incertitude et de peur, face auquel un groupe de jeunes a décidé de résister pacifiquement, mais clairement.  Soutenus par de nombreuses organisations de la société civile, ils ont décidé ensemble de changer de stratégie : non plus simplement des cercles de silence Place Stanislas à Nancy. Pour la première fois en Meurthe-et-Moselle, ils ont créé un collectif spécial. « Il s’appelle ACTION LES JEUNES 54 ! », -expliquent-ils avec les organisations, dans une interview exclusive pour IDE.

 La goutte qui a fait déborder le vase

Il y a eu, bien entendu, l’affaire Zemmour. Mais, en janvier 2021, l’histoire de Laye Fodé Traoré, 18 ans, de Besançon, a déclenché un débat que la société civile, le grand public, les intellectuels, ont pris très au sérieux.

 Depuis 2019, il apprenait le métier de boulanger grâce à un contrat d’apprentissage auprès de Stéphane Ravacley. Mais le 25 novembre 2020, alors qu’il venait tout juste d’avoir 18 ans, Laye a reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF). « A 18 ans, les gendarmes débarquent parce qu’ils ont vu sur leur ordinateur qu’il était majeur, mais ils ne savent pas qu’il travaille bien et que c’est un bon gars. C’est une politique de courte durée que je ne comprends pas », confiait son patron à Libération. S.Ravacley a pu attirer l’attention des médias en entamant le 5 janvier une grève de la faim. Il l’a continue même après son passage aux urgences, pour empêcher l’expulsion de son apprenti.

« Je demande donc à tous les jeunes étrangers venus mineurs et déjà installés en France de venir aider. N’oubliez pas ! Ici, les gens ont besoin de motivation, de soutien, d’optimisme et d’idées constructives. Ils ont attendu les réponses des institutions pendant des mois, parfois des années. Savez-vous combien il est difficile d’attendre ? Surtout quand on est mineur ou jeune ? ».

Et puis, une déclaration d’Elisabeth Borne, ministre du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle. Le 8 janvier 2021, elle était interrogée sur la situation de Traoré. « Dans le principe, ça ne devrait pas se passer comme ça », avait-elle estimé « Quand on accueille des mineurs non accompagnés qui s’engagent dans des formations, au bout de deux ans, si tout s’est bien passé, alors ils peuvent continuer à travailler en France. Mais là c’est un cas particulier. Il y a une contestation sur sa situation, (…) les autorités judiciaires vont être amenées à se prononcer. » Apparemment, le cas de Traoré ce n’était pas particulier et des dizaines des associations du bassin de Nancy, pas très loin de Besançon, ont rassemblé leurs chiffres.

Un cas particulier ?

Deux semaines après la déclaration de E. Borne, elles ont publié un communique de presse. « Ainsi, le Réseau Education Sans Frontière ( RESF ) a pu constater, sur le bassin de Nancy, qu’actuellement un peu plus de 70 jeunes mineurs non accompagnés, inscrits dans une formation professionnelle diplômante par apprentissage (CFA) dans des domaines en déficit de main d’œuvre ( boulanger, agent de restauration, serveur en salle, maçon, mécanicien, carrossier,…) qui voient  leur contrat d’apprentissage stoppé le jour de leurs 18 ans, en raison de la contestation de leur identité, ou même simplement à cause de la lenteur administrative, ou des changements inopinés des procédures de dépôts des demandes de régularisation en préfecture, ou sur la base de rapports d’expertises documentaires expéditifs,  non argumentés”, –dit le communiqué signée par Reseau Eduacation Sans Frontière (RESF) et Etats Generaux de Migrations, avec les associations et syndicats  Un Toit Pour Les Migrants, FSU, CGT, LDH, MAN, SAF, SOLIDAIRES, SUD Education, Amnesty International.

70 cas dans le seul bassin de Nancy, qui compte 62 communes. Il n’y a pas d’estimation pour l’ensemble de la France métropolitaine et nous ne pouvons calculer que des chiffres approximatifs pour ses 34 839 communes.

Outre l’ouverture publique d’un débat de longue date, l’histoire de Traoré s’est bien terminée : le jeune homme de 18 ans, soutenu grâce à la grève de la faim de son patron et à une pétition signe par 200 000 personnes, a eu une autorisation de séjour.  Mais d’autres, ne sont pas aussi chanceux. Les médias regorgent de ces tristes histoires de jeunes – des enfants jusqu’à hier – qui ont fait de leur mieux pour obtenir le droit de rester en France : apprentissage rapide de la langue, excellent comportement scolaire et très bonnes notes, travail bénévole, employeurs que sont prêts à les embaucher– et qui sont obligés néanmoins de retourner dans le pays d’origine.

Ça bouge en Meurthe-et-Moselle

En quelques semaines, 120 jeunes ont rejoint ACTION LES JEUNES 54! avec des objectifs clarifiés régulièrement. « D’abord, s’entraider. Ensuite, sensibiliser le public car il y a beaucoup de malentendus sur notre question. Et pour cela, nous préparons et distribuons des flyers et des informations pour sensibiliser le public en Meurthe-et-Moselle, avec persévérance et calme. En plus, avec les associations qui nous supportent, nous avons exercé une pression positive depuis des mois pour rencontrer le préfet. Je crois que lorsqu’il nous verra, quand il nous entendra, il aura une plus grande ouverture d’esprit à notre sujet. Nous lui expliquerons le long chemin d’intégration que nous avons parcouru en France, notre volonté de contribuer au pays qui nous a accueillis lorsque nous étions enfants. Ce sont les gens, les Français, qui nous ont aidés, même lorsque les institutions nous ont fait sortir, comme dans mon cas “. Celui qui dit ces mots est Moussa, un guinéen de 20 ans, avec un riche français, qui a été régularisé en France il y a deux ans. Il passera désormais le BAC dans le domaine social. Il est en retard, car il a fallu beaucoup de temps aux institutions françaises pour le reconnaître comme mineur et l’inscrire à l’école.

« …plus de 70 jeunes MNA, inscrits dans une formation professionnelle diplômante par apprentissage (CFA) dans des domaines en déficit de main d’œuvre (boulanger, agent de restauration, serveur en salle, maçon, mécanicien, carrossier,…) voient  leur contrat d’apprentissage stoppé le jour de leurs 18 ans… 

Une histoire longue et douloureuse, à la fin de laquelle Moussa n’a gardé aucun ressentiment.

Au contraire. Il est devenu encore plus fort et conscient que tout s’améliore si les gens parviennent à s’asseoir à la table et à s’écouter. Et que la poursuite des droits passe d’abord par ceux qui en ont besoin. “Je me suis retrouvé à la tête de cette équipe, même si je suis déjà légalisé et que je peux étudier et travailler tranquillement. Mais je ne peux jamais oublier à quel point c’était difficile et à quel point j’ai été aidé par les autres, d’abord par les Français. Je demande donc à tous les jeunes étrangers venus mineurs et déjà installés en France de venir aider. N’oubliez pas ! Ici, les gens ont besoin de motivation, de soutien, d’optimisme et d’idées constructives. Ils ont attendu les réponses des institutions pendant des mois, parfois des années. Savez-vous combien il est difficile d’attendre ? Surtout quand on est mineur ou jeune ? ».

La préfecture

Il était également difficile d’attendre le préfet, mais ils ne sont pas restés les bras croisés et l’ont trouvé là où ce dernier ne les attendait probablement pas du tout. De plus, avec le Premier ministre Jean Castex et le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer, dans un lycée, à Laxou. « Les Ministres Castex et Blanquer sont venus sur l’agglomération nancéienne, et sont passés au lycée Héré, à Laxou. Un jeune mineur isolé faisait partie du groupe des élèves retenus pour rencontrer les Ministres. Il en a averti le collectif Actions les Jeunes 54 ! … un courrier à l’adresse des Ministres a été concocté avec sa coopération. Le jeune a ainsi pu interpeler les ministres et évoquer avec eux (et avec le Préfet dans un second temps) les difficultés propres aux jeunes migrants en France, leurs affres liées à la crainte des OQTF si fréquemment délivrées à leurs 18 ans. Il n’est pas sûr que cette séquence soit répercutée dans les médias, mais ce qui est sûr… c’est que les jeunes … ont gagné en fierté et en sentiment de reconnaissance », – dit Johan Chanal du RESF, dans une communication de 3 mai dernier. Mais les jeunes n’ont pas renoncé à rencontrer le préfet en personne. Le 16 mai, ils lui ont envoyé une lettre pour l’inviter à nouveau à une rencontré. Un lien ici vers la vidéo qui relate ce moment .

Les résultats de ce travail conjoint entre les jeunes et la société civile sont évidents : ils ont reçu une réponse positive. « Le 15 juin une délégation de 4 membres du collectif de jeunes sans papiers a rendez-vous avec le Préfet de Meurthe et Moselle…Un objectif de cette rencontre – pour les jeunes – est d’humaniser le regard porté sur eux par la Préfecture, d’humaniser le traitement de leur dossiers »,- déclare RESF 54, qui a également beaucoup travaillé pour obtenir cette rencontre.

Les contacter ?

Se motiver et se soutenir les uns les autres, mais aussi les résidents non immigrés. Une partie du travail collectif est centrée sur l’aide aux autres. Comme ce 8 mai où beaucoup d’entre eux, avec des sacs pleins de nourriture, parcouraient les rues de Nancy pour le distribuer aux sans-abris et leur parler. Une vérité commune, qui est loin de l’image « criminelle » du MNA souvent servie dans les médias, sans en analyser correctement les causes. Et cela, malheureusement, rend la vie infiniment difficile pour les autres, pour ceux qui travaillent, étudient, aident. Et qui constituent la majorité d’entre eux.

Il y a eu, bien entendu, l’affaire Zemmour. Mais, en janvier 2021, l’histoire de Laye Fodé Traoré, 18 ans, de Besançon, a déclenché un débat que la société civile, le grand public, les intellectuels, ont pris très au sérieux.

Comment pouvez-vous vous connecter avec eux ? « Le collectif ACTION LES JEUNES 54! est ouvert à tous les jeunes en attente de régularisation en Meurthe-et-Moselle. Ainsi que pour ceux qui le sont déjà, mais qui veulent aider. Sur Facebook, les jeunes peuvent nous trouver avec Tous Pour la Régularisation », expliquent-ils à IDE. Pendant ce temps, un groupe WhatsApp a été créé. « Pour y participer, il suffit de contacter l’un des jeunes fondateurs, qui se chargera, dans un premier temps, d’ajouter le nouvel arrivant à la liste des jeunes de ce collectif. Pour obtenir un contact, envoyer un SMS au 07 77 34 79 83 », -proposent les associations.

En photo membres du groupe ACTION LES JEUNES 54 ! lors d’une de leurs activités à la place Stanislas. Nancy, Meurthe-et-Moselle, avril 2021. Crédit photo Pro IDE

Cet article est produit dans le cadre du projet « Migration, jeunesse et internet». Il a  été rédigé par Elda Spaho Bleta, bénévole au sein du groupe local Oxfam de Nancy, qui a porté la plus grande attention aux informations données. Les sources des informations sont citées, et lorsqu’un avis personnel est donné, il n’engage que la rédactrice. Si malgré son attention, une erreur s’était glissée dans le document, n’hésitez pas à le lui signaler en écrivant à [email protected] Cet article est publié avec l’appui des fonds de l’Agence française du Développement et du Grand Est Solidarités et Coopérations pour le Développement et avec le soutien d’Oxfam France. Le contenu des articles n’engage pas les structures précédemment nommées.

2 réflexions sur “Joyeux 18eme anniversaire… avec un OQTF!”

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